L’opposition refuse les deux sièges que lui proposait le maire

Dominique Gros a entrouvert la porte mais l’opposition l’a aussitôt refermée… Au cours d’un conseil municipal extraordinaire, hier après-midi, Marie-Jo Zimmermann et Patrick Thil (UMP) ont refusé le siège de délégué titulaire à Metz Métropole que le maire leur avait concédé. Récit d’une séance houleuse.

Jusqu’au bout, il a entretenu le suspense. Jusqu’au dernier moment, il a «hésité». «Je m’interroge encore », avait-il confié un peu plus tôt dans la matinée. Ses adjoints ne l’ont guère aidé : eux-mêmes étaient divisés. Franche ouverture ? Entrouverture ? Fermeture ? Quelle place Dominique Gros allait-il laisser à son opposition dans la future assemblée de Metz Métropole (ex-CA2M), qui doit être installée en janvier, dans sa configuration resserrée ?

14 h : l’opposition annonce la couleur

Il est 14h, la séance vient à peine de s’ouvrir que, déjà, les demandes de parole fusent sur les bancs des deux oppositions. Patrick Thil (UMP), le premier : «M. le maire, nous ne savons rien de vos intentions mais je vous le demande instamment : respectez votre opposition, donnez-lui des sièges ! La juste démocratie commande que vous respectiez une juste représentation, proportionnelle au poids des différents groupes de cette assemblée ». L’ancien adjoint à la culture de Jean-Marie Rausch ajoute : «Vous ne pouvez pas prendre pour modèle ce qui se fait ailleurs. La ville de Metz a une responsabilité particulière, au sein de Metz-Métropole où elle porte des dossiers très importants tels que le centre Pompidou, la ZAC de l’Amphithéâtre, votre busway… ». «Notre busway », corrige le maire. «Soit, poursuit Thil. En tout cas, Ce serait un comble, pour la démocratie, que vous rejetiez la requête justifiée que nous vous présentons. Votre image en sortirait fortement dégradée ! ».
Marie-Jo Zimmermann (UMP), chef de file de l’autre opposition, enchaîne sur le même registre : «Au lendemain de votre élection, M. le maire, vous annonciez vouloir tout faire pour donner à l’opposition les moyens de travailler. La démocratie, disiez-vous, devait entrer dans cette mairie. Faites en sorte que ce soir, elle n’en sorte pas ! ». Elle aussi souhaite une attribution des sièges au prorata, à savoir 7 postes de conseillers titulaires pour l’opposition, sur les 35 attribués à la ville de Metz.

14h40 : Gros fait durer le suspense

«Le respect de l’opposition, c’est effectivement une de mes ambitions, déclare Dominique Gros. Pour que l’opposition soit respectée, encore faut-il qu’elle-même respecte la majorité… Quand on lève le camp pour des motifs relativement mineurs, il ne me semble pas que le respect soit mutuel». Allusion à l’avant-dernier conseil municipal où, après à une passe d’armes mémorable entre Richard Lioger (premier adjoint) et Patrick Thil, l’opposition avait claqué la porte comme un seul homme.
À cet instant des débats, on se dit qu’il y a du verrouillage dans l’air. «J’hésite depuis plusieurs jours sur la marche à suivre », ajoute pourtant le maire. Première suspension de séance, le temps pour lui de réunir les présidents de groupe.

14h55 : conciliabules et suspension de séance

Reprise des travaux un quart d’heure plus tard. Une reprise de courte durée : «À la demande des groupes, qui souhaitent se réunir entre eux, je suspends la séance », annonce Dominique Gros. Une dizaine de minutes plus tard, les conciliabules prennent fin. Marie-Jo Zimmermann fait un «non» de la tête en rentrant dans la salle.

15h20 : c’est «non»

«Nous refusons votre proposition », annonce-t-elle tout de go. Quelle proposition ? L’essentiel des élus, majorité comprise, n’en a toujours pas eu connaissance. Là voilà : un siège de délégué titulaire pour chacun des présidents des deux groupes d’opposition (Patrick Thil et Marie-Jo Zimmermann). Telle est l’offre du maire. «C’est non», confirme Thil, qui évoque un «recul démocratique ».
Emmanuel Lebeau s’en donne à cœur joie : «M. Gros, vous, le digne héritier de Blum et de Jaurès, ce soir, vos trente ans d’engagement politique en faveur de la démocratie sont réduits à néant ! Je fréquente beaucoup de vos amis, ils ne vous reconnaissent plus !», ajoute l’élu, dont les paroles, comme souvent, sont couvertes par les huées de la majorité. Lebeau en fait des tonnes : «Le hochet que vous nous proposez ne trompera personne, c’est un marché de dupes ! Vous qui aviez la démocratie dans vos tripes, ce soir, vous avez la main pleine de sang. Le sang de la démocratie ! ». Sifflets et quolibets sur les bancs de la gauche.

15h50 : début du scrutin

Dominique Gros reprend le micro : «Visiblement, vous aviez écrit votre texte avant de venir, ironise-t-il. Je respecte votre décision et je remercie les représentants de la majorité qui, courageusement, étaient prêts à vous céder leur place. Je m’en tiendrai là en remerciant tous les orateurs».
Les opérations de vote peuvent démarrer. L’opposition décide de ne pas participer au scrutin. Tel un chef cuisinier au moment du coup de feu, le maire ordonne : «Je lance le scrutin numéro 2, et je vous annonce le résultat premier. Merci de préparer votre bulletin.» Et que ça saute ! Mais alors que les services de la ville s’attendaient à veiller tard dans la nuit, les opérations s’achèvent peu après 17h. Comme prévu, la majorité socialiste remporte les trente-cinq sièges de titulaires et les six premiers postes de suppléants. Ils sont distribués dans l’ordre de la liste de 2008, à trois exceptions près. Il reste douze suppléants à élire. L’opposition se «réserve le droit de les briguer» quand elle aura eu «connaissance des conditions d’exercice de ces mandats ».

Nicolas BASTUCK
et Anthony VILLENEUVE.
RL Publié le 05/12/2009

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