Ah, il les prépare, les conseils municipaux, Emmanuel Lebeau ! Le point 15, il l’a bien guetté. Il faut dire que tout, dans l’intitulé Charte de la démocratie participative et du dialogue avec les citoyens, l’interpelle.
À peine l’adjointe à la citoyenneté Patricia Sallusti a-t-elle terminé de la présenter, qu’il bondit, liasse de papiers verts en main. « Globalement, le comité de quartier, c’est cause toujours ! Le conseil municipal, c’est tais-toi ! »
A-t-il écouté l’adjointe ? Sans doute pas. Elle a pourtant annoncé quelques statistiques intéressantes. Après trois ans d’un premier mandat, les comités de quartier sont renouvelés pour moitié. 205 des 459 membres des onze comités sont des vétérans. Ceux-là ont forcément trouvé leur compte dans les 650 réunions effectuées. Mais Patricia Sallusti n’est pas revenue sur la répartition interne de ces comités. En théorie, ils sont censés être divisés en trois parts égales : associatifs, volontaires et citoyens tirés au sort. Et en réalité ?
« Il y a les bons citoyens, ceux qui pensent comme vous ! »
Emmanuel Lebeau, lui, attaque sur le bilan du premier mandat. « J’ai effectué moi-même une enquête auprès de tous les membres des comités de quartier présents durant trois ans. Leur bilan ? Je vous cite quatre réponses, parmi d’autres : un résultat global décevant ; un bilan quasiment inexistant ; ça n’a servi à rien ! ; un bilan négatif, avec un comité pris en main pour une critique destructive de l’ancienne municipalité.»
Quelques instants après, il donnera sa liasse de papiers verts à la presse. Histoire de vérifier. Il n’a pas lu la réponse d’un ancien du comité de quartier de Metz-Centre : « Tout n’est pas parfait. Mais, au moins, aujourd’hui, cela existe et il serait malvenu, à quiconque, de tirer à boulets rouges sur une équipe en passe de nous sortir de vingt ans de dictature… ».
Ou autre réponse, moins politique, « de bonnes choses si tout le monde joue le jeu, avec les moyens et un cadre d’intervention bien défini ». Étonnant…
Après Lebeau, Jérémy Aldrin y va de son couplet. Il s’adresse aux maires : « Il y a les bons citoyens, ceux qui pensent comme vous ! Dans les comités de quartier, ceux qui vous soutiennent, c’est une bonne chose ! Et les autres, à qui vous ne demandez pas leur avis ! On n’aurait pas idée de demander leur avis aux adhérents du Smec ni aux Messins sur le parvis de la gare ! Jamais celui qui vous a succédé… »
– Dominique Gros, amusé : Précédé.
– Jérémy Aldrin : Jamais votre prédécesseur n’avait osé diminuer notre temps de parole ! »
Brouhaha. Hacène Lekadir, qui s’était déjà levé, en rajoute une couche : « C’est une honte ! Je sors ! »
« La démocratie, c’est comme une maison vide »
Emmanuel Lebeau s’engouffre dans la brèche, reprenant au vol un sujet déjà bien débattu : « Ici, on est considérés pire que des chiens, c’est du sectarisme de bas étage ! »
Après eux, les conseillers montent au créneau. Patrice N’Zihou : « La démocratie n’est pas une incantation ! Oui, la citoyenneté s’est amplifiée. Il faut pousser cette politique de la proximité. »
Nathalie de Oliveira, visionnaire : « Redevenons sérieux. La démocratie participative est une boussole aussi sûre que la boussole qui a ouvert le Nouveau monde au nôtre ! La démocratie, c’est comme une maison vide : il faut demander aux gens ce qu’ils veulent y mettre ! »
Patrick Thil s’érige alors en gardien du temple rauschiste : « Arrêtez de penser que la démocratie, ça a commencé avec vous ! La démocratie participative est un échec à Metz ! Vous feriez bien de faire une démocratie tout court ! Ce n’est pas comme ça que ça marche ! Quoi qu’ils en pensent, les Messins, vous ne les écoutez pas ! »
Après toutes ces interventions, il ne reste plus à Dominique Gros qu’à conclure. « Il y a eu des déceptions au sein des comités de quartier, parce que certains ont cru que leurs affaires personnelles seraient réglées. Mais, au bout du compte, il y a des choses qui se font. C’est un lieu de formation exceptionnelle. Je suis convaincu que personne ne reviendra là-dessus à l’avenir. »
La charte est adoptée.
Olivier JARRIGE.
source ; http://www.republicain-lorrain.fr/moselle/2012/02/25/la-democratie-participative-fait-causer



