On ne peut que se réjouir que le projet de biomasse ait été retenu par la CRE , en même temps c’est un peu sans surprise, à partir du moment ou la CRE avait inscrit, pour ce 3 appel ,comme critère l’épineux dossier de l’aménagement du territoire, et que 150MW sur les 250 MW de la puissance appelée était réservé au Nord Est :il était quand même difficile de ne pas être retenu.
Si cette façon de voir les choses est tout à fait honorable, compte tenu de la situation économique et surtout des restructurations militaires dans notre région, je ne suis pas convaincu pour autant que les compensations financières fassent bon ménage avec la véritable idée que l’on peut se faire de l’écologie ;
Ceci étant, nous sommes naturellement favorables à l’exploitation de la biomasse et notamment de la biomasse forestière, malgré certaines inquiétudes dont je souhaiterai vous faire part à l’occasion de ce point.
S’il est vrai qu’aujourd’hui le massif forestier est sous exploité (et nous aurions tort de ne pas nous servir de cette biomasse), il est vrai aussi que nous ne sommes pas les seuls à s’engager dans la filière bois. Dès lors, la question à se poser, n’est pas de savoir s’il faut se servir de cette biomasse forestière, mais la question est de savoir en quelle quantité nous pouvons nous en servir sans nuire à la biodiversité et naturellement à nos forêts.
Au passage, je me permets de tordre le cou à cette idée qui nous est régulièrement présentée, à savoir que cette biomasse forestière serait une énergie neutre. Non, elle n’est pas neutre, nous dégageons pour l’exploiter et la transporter du CO2, et nous devons naturellement en tenir compte : pour exemple la plate forme d’approvisionnement en biomasse forestière mise en place par DALKIA à Velaine en Haye c’est 40 camions par jour pour 80 000 tonnes de bois par an, à peu prés ce qu’il va nous falloir à Metz pour alimenter la centrale voire même un peu plus. La biomasse dégage aussi lors de sa combustion du méthane et de l’oxyde d’azote dans les mêmes proportions que le charbon, certes sur en quantités moins importantes que le CO2 mais il est bon de rappeler que ces gaz sont 20 fois plus dommageable pour notre atmosphère que le CO2 par conséquent ce terme d’énergie neutre n’est peut être pas le plus approprié.
Mais il est vrai que cette biomasse forestière est moins polluante que les énergies fossiles et que, par conséquent, elle peut participer efficacement à la diminution des GES .
Pour que cette biomasse soit vraiment une énergie renouvelable et efficace, il va nous falloir respecter deux conditions essentielles :
-un périmètre d’approvisionnement effectivement raisonnable
- et une vigilance toute particulière sur les quantités prélevées
Or, une de mes inquiétudes porte sur ces quantités prélevées. Si nous regardons de près les projets retenus par la commission de régulation à l’énergie dans le cadre du grenelle environnement, on se rend compte rapidement que la CRE a fait la part belle à des groupes comme DALKIA ET POWEO avec la mise en place de grosses centrales à biomasse.
Naturellement, la mise en place de telles structures mobilise à elle toute seule des quantités importantes de biomasse forestière, auxquelles il faut non seulement rajouter les autres projets déjà retenus par la CRE , les nouveaux projets qui vont être retenus et toutes les installations déjà préexistantes.
On se rend vite compte des masses importantes de bois qu’il va falloir pour satisfaire tout le monde, avec le risque de récolter plus que ce que la forêt peut produire, entrainant ainsi l’épuisement des sols et l’appauvrissement des écosystèmes.
Je pense que comme nous, la municipalité a pris connaissance des différents rapports concernant cette biomasse forestière notamment le rapport BIO2 réalisé en juillet 2009 à la demande du ministère de l’écologie et du rapport Puech remis en avril 2009 au Président de la République.
Pour ceux qui n’auraient pas eu le temps d’en prendre connaissance, j’aimerai vous donner lecture d’un extrait du rapport Puech . Cet extrait concerne tout particulièrement le bois énergie et la ressources forestière face à ces besoins, il est dit :
« Dans le cadre des Assises de la forêt et du grenelle environnement, il a été considéré que l’on pouvait prendre en compte pour 2012 un volume supplémentaire mobilisable annuellement de 9 millions de tonnes par an (3Mtep) de bois pouvant contribuer aux politiques en faveur des énergies renouvelables »
« Des 2010, on sera confronté à la nécessité d’un très fort pic de mobilisation de plaquettes forestières. La demande sera multipliée par 7 à 9 entre 2010 et 2011. Ceci soulève de vives interrogations concernant les délais de structures des filières d’approvisionnement pour répondre à cette brutale augmentation de la demande. Le maximum sera atteint en 2014 (puis en 2020) par la mise en services des dernières installations du programme issu du troisième appel d’offres et le fonctionnement à plein régime du fond de chaleur »
« Si la ressource est en théorie disponible, elle ne sera pas forcement mobilisée malgré le prix, et les pouvoirs publics doivent absolument mettre en place des mesures fortes pour soutenir l’effort de mobilisation indispensable entre 2010 et 2012 »
Et de conclure : « sans un fond spécifique dédié à promouvoir et organiser la mobilisation du bois d’œuvre et par conséquent du bois énergie, les installations construites sur le fonds « chaleur » et les appels CRE 2et 3 risquent fort de ne pas être approvisionnées » Le rapport bio2 soulève les mêmes interrogations.
Ce qui veut dire qu’aujourd’hui nous avons une offre de biomasse forestière peu élastique, et que tant que la filière bois ne sera pas structurée nous ne pourrons pas mobiliser de volume de biomasse forestière supplémentaire.
Et le Maire de Metz sait aussi bien que moins que le nombre importante de petites parcelles de forêts privées est un frein important à la structuration de cette filière bois (soit parce que ces parcelles ne sont pas rentables voire pas accessibles ou tout simplement parce que les propriétaires ne sont pas prêts à réaliser cette récolte.)
Il faut savoir que le volume de biomasse forestière prélevé en Lorraine est aujourd’hui de 100 000 tonnes, que le volume théoriquement disponible est de 450 000 tonnes, or les projets existants ou en phase d’être réaliser représentent un volume de biomasse nettement supérieur à ces 450 000 tonnes :
Metz :100 000t ,Laneuville : 80 000t , Velaine en Haye : 80 000t, chaufferies : 30 000t ,Clairfontaine : 80 000t, soit un total de 370 000t ,ne sont pas comptabiliser les projets de Seven Sas à Forbach, Egger à Rambervillers ,EO2 à Remoneix,Golbey,Corbenay etc . Les 450 000 t vont rapidement être insuffisantes pour alimenter tous ces projets ,nous allons donc visiblement vers une impasse.
Or si la biomasse forestière vient à manquer, on risque fort de se tourner vers les TCR ou les TTCR et c’est la mon deuxième sujet d’inquiétude.
Il est bien évident que la mise en place de ces TCR ou TTCR risque fort de se faire au détriment de la biodiversité et des terres agricoles. Pourtant, un autre grand défi attend le 21 siècle : comment nourrir les 9 milliards d’individus qui vont se présenter dans les décennies futures. Et de ce problème nous devons nous en occuper aussi dès aujourd’hui et par voie de conséquence être très prudent sur tous ces projets que nous nous apprêtons à mettre en place.
Si l’option des TCR n’est pas retenue cela veut dire que nous serons obligés d’aller chercher cette biomasse beaucoup plus loin(option évoquée lors de la présentation de cette centrale mardi dernier)
Je regrette beaucoup, que la municipalité n’ait pas pris le temps de débattre de ce sujet important au sein de ce conseil , cela aurait surement permis un choix de centrale à biomasse plus mesuré . La présentation que la municipalité a fait du projet de cette future centrale a été très superficielle .Il aurait quand même été normal de présenter aux messins un bilan carbone, méthane, oxyde d’azote complet et un plan d’approvisionnement détaillé, leur dire ce que vous comptez faire des cendres , le donner les volumes de biomasse réellement disponibles.
Le bon sens aurait été d’adapter ces nouvelles centrales à biomasse au volume réellement disponible, de structurer la filière bois et seulement après, augmenter éventuellement la puissance liée à la biomasse de ces centrales
Or aujourd’hui nous mettons en place de grosses centrales, sans connaitre le volume réellement disponible de la biomasse forestière.
Nous sommes pourtant convaincus que cette biomasse forestière fait partie des bons médicaments pour notre planète mais visiblement nous n’avons pas la bonne posologie.
Le massif forestier sera une vraie énergie renouvelable, à condition de le gérer avec beaucoup de soin et de sagesse. N’oublions pas que ce massif forestier ne nous appartient pas, il appartient aussi aux générations futures. Elles en auront certainement beaucoup plus besoin que nous.
Enfin pour terminer j’aimerai connaitre exactement la position de nos amis verts de la municipalité messine……
Conseillère Municipale
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